Certitude(s) et Risques Psychosociaux

Parler de sujets graves sans tomber dans le pathos, parler des RPS sans réinventer la lutte des classes, c’est le challenge relevé cette semaine avec un groupe (tonique et sympathique) d’ingénieurs Q.S.E que je remercie chaleureusement.

Peut-être que le lieu de cette formation, « La Défense », nous a protégé de ces travers…

Toujours est-il que l’expérience prouve, une fois encore, que pour ne pas sombrer dans la facilité du prêt à penser, il convient de se laisser guider par la certitude que la nature humaine est bien trop complexe pour réduire les relations sociales à une segmentation primaire (voire primitive) entre les « bons » et les « méchants ».

 » Pour avancer, l’homme a besoin de convictions. Pour grandir, il a besoin de les remettre en question…« 

Conflit interpersonnel : Méfiez-vous de vos bons amis !

Si pour Ressource et Vousévoquer le conflit interpersonnel, l’assertion « Méfiez-vous de vos bons amis ! » vous choque, ne lisez pas la suite … l’article se conclut par : « Aimez votre ennemi ! ».

Comme vous me rejoignez sur ce second paragraphe, je vais donc développer plus avant ma pensée. Pensée, ou plutôt croyance, ancrée dans les situations conflictuelles diverses et variées (l’homme est créatif quand il s’agit de se pourrir la vie et celle des autres) auxquelles ma pratique de coach m’amène à me confronter (pacifiquement).

Dans un conflit interpersonnel, l’identification des personnages principaux ne pose pas de difficultés particulières. L’incompréhension ayant fait place aux tensions, chacun campe sur ses positions, stocke ses munitions (faisons feu de tout bois), ourdit ses plus beaux coups-bas, éructe de gros mots (pas très doux) ou laisse s’exprimer un non-verbal puissamment parlant. Si malgré tout je vous rassure, vous peinez à repérer les premiers rôles, « On » se chargera de vous affranchir.

Sous-estimant le coût du conflit et surestimant leur capacité à vaincre, les protagonistes s’enfoncent dans une posture de plus en plus irrationnelle… histoire de prouver qu’ils ont raison !

L’irrationalité (comme l’amour, mais n’en est-ce pas la forme sublime ?) rend aveugle. Les protagonistes, tout à leur recherche de soutien, d’alliés, de confirmation « qu’ils ont bien raison », n’ont plus l’objectivité nécessaire pour décrypter le jeu des personnages secondaires. Ils ne sont plus en capacité de comprendre, seuls, que « Leur Conflit » leur échappe.

Les personnages secondaires (amis de circonstance ou de machine à café) au mieux influencent les acteurs principaux ; au pire, les manipulent.

  • N’y-a-t-il pas un marionnettiste qui tire d’autres ficelles et souffle sur le conflit pour régler des comptes qui ne sont pas les vôtres ?
  • N’y-a-t-il pas un confident, qui en ayant décroché le rôle de sa vie, existe enfin dans la reconnaissance que vous lui portez ? Son discours pseudo-bienveillant le trahit : « Ce n’est pas pour être méchant, mais… » « Bien sûr il y a du mieux mais souviens-toi… »
  • N‘y-a-t-il pas une victime collatérale consentante ? « Regardez combien je souffre, regardez combien je suis malheureux, pendant ce temps vous ne regarderez la qualité de mon travail »
  • N’y-a-t-il pas un voyeur compatissant ? « Je m’identifie à toi, à ton malheur pour mieux pleurer sur moi »
  • N’y-a-t-il pas un voyeur morbide ? « Ton malheur n’est pas le mien, oh c’est trop bon ! »

Si vous ne pouvez pas les démasquer, au moins doutez ! Doutez, pour ne pas foncer tête baissée dans le mur de l’impasse ! Relevez la tête et regardez votre ennemi, avec vos yeux, votre cœur, votre raison. Prenez le risque de perdre la face s’il vous permet de tomber pile, et qui sait : « Aimez votre ennemi ».

Comment bien réussir son burn-out ?

Nier son burn-outRéussir son burn-out n’est pas donné à tout le monde, ces quelques conseils vous aideront à accéder à cette expérience enflammante.

Programmer les drivers de performance : Imprégnez-vous toute la journée (mais aussi nuitamment) de messages hautement mobilisateurs pour éviter qu’un éclair de lucidité vous fasse dévier de votre objectif :

  • Ton collaborateur n’arrivera jamais à traiter ce dossier ? Ne lui délègue-pas ! Prends le relai ! En plus, ça lui fera plaisir…
  • Dis « Oui » même si tu devrais dire « Non », de toute manière, des week-ends entre amis, des vacances plus longues, il y en aura bien d’autres
  • Tu ne peux pas décevoir ton chef, tes collègues, ton entourage… ? Sers les dents, tu as un si beau sourire !
  • Cesse d’écouter ton corps, il a besoin de repos ? il connaitra un jour le repos éternel… en attendant « Cours ! » « Dépêche-toi ! »
  • Et rappelle-toi : « Tu n’as pas le choix !!! » (*)

(*) Liste non limitative

Entretenir la flamme destructrice : L’immolation demande des efforts, de la vigilance, du courage, de la persévérance, le tout encapsulé sous une patine d’égocentrisme. Ah quel beau challenge que de décrocher son burn-out bien à soi !

  • Saturez votre espace-temps : L’accumulation des dossiers, nouveaux et à reprendre (c’est encore plus drôlement frustrant), favorise l’insomnie. Quelle aubaine ! Du temps en plus, pour en faire plus.
  • Savourez l’ambiance familiale en mode dégradé : Vous concédez à partager un moment de détente (en ayant usé et abusé les semaines précédentes de mille fallacieux prétextes, je vous fais confiance). Soyez vigilant : guettez le moindre dérapage pour provoquer la sortie de route. Ah décidément, vous faites des efforts pour être avec eux et ça ne va encore pas. Résultat : Drapez-vous dans votre dignité offusquée (modèle XXL idéal pour planquer votre tablette tactile) et partez-vous réfugier dans vos dossiers dangereusement en retard….
  • Fuyez le collègue authentiquement bienveillant : Malgré la propagande médiatique contraire, vous n’êtes pas à l’abri de le croiser dans les couloirs de votre société (ou à la machine à café qui vous tient lieu de fortifiant). Attention danger ! Si à la question : « Tu n’as pas l’air d’aller bien depuis quel temps ? », vous sentez les larmes vous picoter les yeux (signe que l’entreprise d’autodestruction est sur la bonne voie) partez d’un grand éclat de rire, technique de camouflage très efficace : dédramatisation, non-réponse, justification physiologique du larmoiement… Ouf, vous l’avez échappée belle, Bravo ! Quel talent !

Enfin, pour permettre à la Sécurité Sociale de disposer de quelques deniers supplémentaires pour fêter ses 70 ans, repoussez, jusqu’à la reddition du corps (mal de dos, ulcère, fracture de fatigue et autres réjouissances) toute rencontre avec un médecin. Il serait quand même dommage qu’il vous arrête alors que vous êtes quelqu’un de si indispensable dans votre entreprise !!!