Jeunes diplômés : Ne riez pas !!!

 Vous êtes 599 998 (et oui, 2 d’entre vous ont la semaine dernière décidé de rempiler sur un 3ème Master et boules de gomme) à entrer très bientôt, enfin bientôt, dans la vie active.

Après avoir brillamment déniché l’offre d’emploi qui va bien, vaillamment franchi les étapes clefs du recrutement (lettre de motivation motivante, personnalité testée au pentothal, entretiens croisés dynamiques), vous voici confortablement installé dans votre nouveau bureau.

Après avoir découvert vos nouveaux collègues et la machine à café, vous allez découvrir les joies du reporting. Pourquoi un anglicisme ? Uniquement pour éviter la référence navrante au 11ème commandement insufflé dès la cour de récréation de l’école maternelle : « Rapportez, tu ne feras point ! ».

Chaque semaine, au minimum, vous allez saisir dans un époustouflant tableau Excel votre performance : chiffre d’affaires, ventes, marge, taux de marge… (Liste, oh combien !, non limitative) et surtout, ce qui est très fort, vous allez indiquer vos prévisions pour les semaines et les mois à venir…

Comment procéder ? Dans un premier temps, étudiez objectivement les variations saisonnières de votre activité.

♦ Oui mais là, c’est la crise, personne ne sait comment les ventes vont évoluer.

♦ Faites comme si ! Les formules de calcul de votre tableau ne supportent pas l’aléa.

Ensuite, étudiez la réaction de votre manager à la lecture de vos prévisions. Si ce dernier se montre peu enthousiaste, proposez d’approfondir votre analyse, histoire d’apporter une touche d’optimisme à vos projections… et de booster votre plan de carrière.

Pourquoi ? Parce que le reporting relève de l’escalade. Vos données seront compilées par votre N+1 qui lui-même les transmettra à son chef, qui à son tour…. Pour acheter la paix, chacun a intérêt à ce que la somme des prévisions se rapproche de l’objectif annuel !!!

Et en final que devient ce superbe et scientifique gloubi-boulga ? Eh bien dans les sociétés cotées en Bourse, les analystes vérifieront que le résultat trimestriel correspond bien aux prévisions annoncées 3 mois plus tôt. Si tel n’est pas le cas, un climat délétère de défiance plombera le cours de l’action à moins que, l’entreprise n’annonce, simultanément, un vaste programme de réduction des coûts…  (Expression susceptible de s’orthographier aussi « réduction des cous » ce qui n’exclut pas les coups bas).

Allez Jeunes Diplômés, on compte sur vous. Aidez-nous à retrouver le chemin du bon sens.

Bien le bonjour à Casimir…

Le Moonwalk de la rentrée

Sur le parking de l’entreprise, la désinvolte dégaine de la plage a cédé le pas au moonwalk, chorégraphie astucieuse dont la gestuelle (micro-portable main droite, téléphone mobile oreille gauche) donne l’illusion d’une marche en avant.

Eh oui la rentrée est là. Elle sera chaude comme chaque rentrée, foi de posdcast de TSF !

Alors j’invite tous les cadres et managers, de plus en plus nombreux à oser s’interroger sur leur rôle, leur avenir, à cueillir cette belle pensée d’Oscar Wilde :

 » La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit « .

Chut…Plaisir au travail

Dernièrement, anticipant des embouteillages qui en définitif ont renoncé à s’installer, je suis arrivée avec une belle avance à mon rendez-vous (oui, je sais, il y a des concours de circonstances heureux).

Ne pouvant décemment pas franchir le seuil du bureau de mon interlocuteur une heure plus tôt que prévue (attention aux codes sociaux, nous avons tous, mais c’est bien sûr, un planning surbooké !) j’ai donc emprunté la tenue de camouflage du commercial : « badaud dilettante, ordinateur négligemment porté en bandoulière » et j’ai sillonné le pâté de maisons.

Heure matinale, circulation fluide, brise légère, seuls quelques ouvriers sur un chantier.

Et là stupéfaction : Le Silence… troublé par quelques cliquetis d’outils (il s’agissait de peintres en bâtiment, ce corps de métier utilise rarement le marteau-piqueur).

Pas d’interpellations joyeuses, pas de refrains entonnés, pas de chansons sifflotées. Le Silence.

Une ambiance conviviale d’un « Open Space » de plein air.

Même sur nos chantiers, exprimer son plaisir serait-il devenu tabou ?

Bien sûr, les métiers du bâtiment sont des métiers pénibles, je n’aurai pas l’indécence de le nier mais quand même, je m’interroge…

♦ Ils étaient moins pénibles il y a 35 ans quand gosse je passais mes mercredis avec les maçons de la famille ? (oui, j’étais déjà au pied du mur !)

♦ Et dans nos bureaux alors, tous les postes, pendant chaque heure, chaque minute qui s’écoule, sont pénibles ?

Les entreprises prennent progressivement conscience de l’intérêt du plaisir au travail : un salarié qui prend plaisir à son emploi est un salariéperformant (je vous l’accorde, le fondement humaniste est encore rudimentaire mais bon c’est un début, il ne s’agit surtout pas de décourager cette belle initiative).

Qui a inscrit la dissimulation du plaisir dans le script de « l’employé-modèle » ?

L’employeur qui redoute la contagion du fou rire(Evidemment plié en 4, le manutentionnaire est un peu moins puissant pour soulever le carton, mais oh combien plus volontaire…)

Le salarié convaincu que sérieux = performance ? (Aider par certains employeurs peut-être…)

A moins que… déjà qu’il a un job, il ne va pas en plus parader pendant que ses camarades d’infortune pointent au 39 49….

Nous perdons quoi à être « Naturel » ?