Les prémices de la révolution du travail

Face aux mutations du monde du travail, des barricades s’élèvent, des traversées sont percées, mais comme pour toutes les révolutions historiques ou culturelles, c’est sans doute seulement dans quelques années, bénéficiant du recul nécessaire pour visualiser l’ensemble des événements et leur articulation, que nous pourrons alors graver dans nos livres « La Révolution du Travail au 21ème siècle » (Cher Denis Papin, il va encore avoir des vapeurs).

La flexibilité, instaurée dans les entreprises sous la pression des marchés, entre dans le champ des possibles du salarié. De plein gré, en prenant l’initiative d’engager une démarche de rupture conventionnelle, sous la contrainte, en revendiquant une majoration de son indemnité de licenciement plutôt qu’en se battant pour le maintien de son emploi.

La vertu longtemps partagée de « socialisation » du travail vire au rose pâle (sans lien direct ou indirect avec les résultats de récentes élections …). Le cadre nomade, communicant en moyenne 4 heures par jour avec l’écran de son PC (même remarque que précédemment), le blackberry en oreillette, découvre une nouvelle race d’humanoïdes : les micro-entrepreneurs qui, lorsqu’ils sont en mal de partage, se rejoignent dans la tribu des réseaux sociaux.

L’explosion de la création d’entreprises en France, 580 000 en 2009, (même si certains découvriront tôt ou tard le nouveau design du miroir aux alouettes), est, au-delà de la volonté d’être acteur de sa vie professionnelle, un signal fort sur l’évolution de la conception du travail.

Quel défi enthousiasmant que d’assembler les évolutions technologiques et sociétales pour construire une nouvelle organisation du travail qui permette à nos entreprises (et c’est leur finalité) de poursuivre leur croissance économique.

Le bon sens est au rayon frais…

L’autre jour, en déposant mes articles à la caisse du supermarché (dont je tairai le nom car présent à chaque carrefour… ), je ne m’aperçus pas que l’emballage de mon rôti (et oui, je suis même infidèle à mon boucher, on ne se refait pas !) fuyait.

La caissière récupéra allégrement le paquet, et son jus, sur les doigts.

Cliente serviable, je m’en excusai.

Touchée par ma sollicitude, elle enchaina :

♦ Oh là ce n’est rien, le mois dernier c’est un berlingot de javel qui s’est répandu sur mon pantalon.

♦ Et alors ? … Et alors ?

Eh bien non, Zorro n’est pas arrivé. Sa direction a décrété qu’elle n’avait qu’à faire attention, et TOC !

Voilà, affligeant ! C’est au bas mot demander à une employée d’investir 10% de sa fiche de paie pour ne pas venir travailler en petite culotte !!!

Quand le bon sens déserte les rayons de la hiérarchie, la motivation des salariés ne peut réinvestir le champ de l’entreprise.

Mesdames, Messieurs les RH (et pas seulement de la grande distribution entendons-nous bien), vous qui élaborerez bientôt le plan de formation de votre entreprise, ne relâchez pas vos efforts, il y a encore une marge de progression

Pourtant restez lucides : de la théorie ne naît pas la bonne pratique. Il est nécessaire d’accompagner l’apprenant dans son apprentissage, lui permettre d’évaluer et relativiser les enjeux, de prendre conscience de ses actes (ou non actes), de sa communication.

Le manager naît naturellement bon (allez, plus ou moins, pas d’angélisme), c’est la société (avec ses objectifs toujours plus ambitieux, l’individualisme, la pression élevée au rang de composante de la relation au travail…) qui le corrompt.