Quand « subir » devient un choix… qu’on n’a pas fait

Quand « subir » devient un choix… qu'on n'a pas fait

Transformation digitale Expertise comptable Vision stratégique ManagerJe termine tout juste un cycle de formation auprès de 74 directeurs de cabinets d’expertise comptable. Le sujet : « Construire et déployer une vision à 3 ans ». Pas exactement le genre de programme qu’on attend avec impatience quand on est pris dans le tourbillon du quotidien…

Et pourtant…. j’ai pu observer au fil des sessions, des managers qui reprennent leur souffle, qui relèvent la tête, qui redécouvrent qu’ils ont le choix.

Ce post est une invitation, quel que soit votre secteur, à vous poser une question simple et (peut-être) dérangeante : Est-ce que vous pilotez votre activité… ou est-ce que vous la suivez ?

Le temps court : un piège confortable

Les directeurs d’agence que j’ai accompagnés ne sont pas des managers négligents ou passifs. Bien au contraire. Ce sont des professionnels rigoureux et engagés.

Mais comme beaucoup d’entre nous, ils développent le syndrome du temps court : répondre aux urgences du jour, absorber le trop-plein de leurs équipes, gérer les demandes clients, assurer la conformité réglementaire… et recommencer le lendemain.

Ce mode de fonctionnement est une réponse rationnelle à un environnement qui tire sans cesse vers l’opérationnel. Mais il a un coût invisible : on avance, mais on ne sait plus vraiment vers quoi.

Et quand le contexte change brutalement (et il change plus que souvent) on se retrouve à réagir plutôt qu’à décider. À courir après les événements plutôt qu’à les anticiper. Alors le sentiment de subir s’installe. Progressivement. Insidieusement.

Une transformation qui ne demande pas la permission

Le secteur de l’Expertise comptable est aujourd’hui traversé par une vague de transformation profonde : la facturation électronique obligatoire, la digitalisation des processus, l’automatisation de tâches jusqu’ici à forte valeur perçue… Ce sont des changements structurels, imposés par la réglementation et accélérés par la technologie.

Pour un directeur d’agence, la question n’est plus de savoir si ces transformations vont arriver. Elles arrivent. La vraie question (la seule qui vaille)  est : Comment est-ce que je veux me positionner face à elles ?

Contrainte subie ou levier de différenciation ? Menace pour le modèle existant ou opportunité de réinventer la relation client ? Obligation réglementaire ou occasion de monter en gamme sur le conseil ?

La réponse dépend entièrement de l’angle de vue. Et cet angle, lui, se choisit.

La vision : pas un luxe, une nécessité

La « vision stratégique » est (à tort et à travers) considérée comme d’un exercice réservé aux grandes entreprises, aux comités de direction, aux Big Boss.

Pourtant, la vision consiste simplement (!) à se donner un cap. Décider, consciemment, où l’on veut emmener son activité dans 3 ans. Pas une prédiction. Pas un plan figé. Une direction choisie, qui permet ensuite de filtrer les décisions du quotidien à travers une question claire : Est-ce que ça me rapproche ou m’éloigne de là où je veux aller ?

Formaliser sa vision, la nommer, la partager, la confronter à la réalité, change profondément la posture des managers. Ils passent de la réactivité à la proactivité. De la contrainte perçue à la décision assumée.

Ce changement de posture n’est pas propre à l’expertise comptable, il concerne tous les secteurs en mutation (c’est-à-dire, aujourd’hui, à peu près tous les secteurs…).

Et vous, où en êtes-vous ?

Dans 3 ans, comment souhaitez-vous voir évoluer votre activité ?

Les décisions que vous prenez aujourd’hui vous rapprochent-elles de cet horizon ?

⇒ Anticipez-vous les transformations en cours dans votre secteur ou les découvrez-vous au fur et à mesure ?

Avez-vous des espaces, dans votre agenda, pour penser à long terme, et pas uniquement pour gérer le court terme ?

Si ces questions vous mettent un peu mal à l’aise… c’est bon signe ! L’inconfort est l’un des tous premiers signal d’un changement à initier.

La capacité à se projeter n’est pas un talent inné. C’est une compétence qui se travaille, un espace qui se crée, une décision qui se prend.

Sortir du temps court, ce n’est pas abandonner l’opérationnel, c’est lui redonner du sens. C’est transformer le sentiment de subir en puissance d’agir.

Et là, je crois, que les directeurs d’agence comptable ne sont pas les seuls concernés 😉

Donner du sens au travail, oui mais quel sens ?

« Donner du sens » : Quelle est belle cette expression devenue un incontournable du dictionnaire managérial ! Mais au fait, quel est son sens ? Pour répondre à cette question de bon sens, rapprochons-nous des économistes Thomas Coutrot et Coralie Perez qui nous proposent, dans un rapport de la DARES de 2021, trois critères constitutifs du sens au travail.

Le sentiment d’utilité

Comme son nom l‘indique, le salarié se sent utile, il perçoit l’impact positif de son travail. Son action a de la valeur. Une valeur pour lui : il se réalise, il prend plaisir ou plus prosaïquement, il gagne sa vie. Une valeur pour les autres : il contribue à la performance de son organisation. Une valeur pour la collectivité : il participe à relever les enjeux (économiques, sanitaires, humains, environnementaux…) de la société

La cohérence éthique

Le salarié exerce son activité en accord avec ses valeurs, ses principes, ses normes professionnelles, sans avoir à effectuer de compromis moraux.

La capacité de développement

Son métier (ou les conditions de son exercice) offre au salarié la possibilité de réaliser son potentiel dans ses dimensions professionnelle et personnelle. Il acquiert et renforce ses connaissances, ses compétences, ses aptitudes et ses attitudes. La résistance au changement cède la place à l’opportunité de changer.

Comment donner du sens au travail ?

Pour « Donner du sens », nul besoin pour le manager d’être doté d’un sixième sens. Il lui suffit (reconnaissons que pour certains, cela ne tombe pas sous le sens) d’orienter ses actions et sa posture en direction des 3 éléments constitutifs du sens au travail.
Avant de se précipiter sur la pléthorique boite à outils du manager, l’étape initiale consiste à s’interroger et/ou interroger ses équipiers, (c’est encore plus efficace quand l’exercice n’est pas à sens unique) sur sa pratique managériale.

Séquence Vérité - Exemples :

  • Je suis manager, combien de temps, je consacre au management de mon équipe ? Au management de chacun de mes équipiers ?
  • Est-ce que ma pratique managériale correspond aux besoins de mes équipiers ? Mais c’est bien sûr, est-ce que je connais leurs besoins ou est-ce que je prends appui (en dépit du bon sens) sur mes talents divinatoires pour les présupposer ?
  • Quel est le niveau de cohérence entre mes discours et mes actes ? Entre mes intentions et mes réalisations ? Entre mon comportement et la sensibilité de mes équipiers ?

Et si...

Si ce post a mis (un peu) sens dessus-dessous vos convictions quant à vos pratiques managériales. Si salutairement vous vous interrogez sur Comment animer (ou raviver) le sentiment d’utilité ? Comment veiller à la cohérence éthique ? Comment assurer la capacité de développement de mes équipiers (et de mes managers…) ?

Faisons preuve de sens pratique ! Pourquoi ne pas poursuivre nos échanges autour d’un programme d’accompagnement (pragmatique !) autour de ces 3 éléments constitutifs du sens au travail ? 😊

Si le management est un art, faut-il séparer l’homme de l’artiste ?

Dissocier l’homme de son œuvre ?

Avec le retour prochain du remake annuel de la cérémonie des César (sans négliger un détour précoce cette année par Angoulême), l’antienne controverse autour de l’artiste et son œuvre anticipera de quelques semaines la floraison des marronniers.
Parmi les prises de position avancées par les deux camps opposés, il y a des arguments entendables, d’autres beaucoup moins (*). Si vous voulez vous forger une opinion, posez la question à Google : « Séparer Homme Artiste » = 2 390 000 résultats, Bonne lecture !
J’ai, comme tout un chacun, un avis sur cette épineuse question mais là n’est pas la question. Cette interrogation me conduit plus précisément vers un champ que j’affectionne, celui de l’entreprise et du management.

Le management est-il un art ?

Le management s’apprend dans les livres, lors de formations, dans l’observation et se reproduit dans la pratique. Il devient « Art » quand le manager applique habilement ses connaissances.
Appliquer habilement ses connaissances, ce n’est pas simplement (et de moins en moins) mettre en œuvre une recette. Le manager excelle dans son art quand, confronté aux transformations structurelles et environnementales, il accepte d’être bousculé et de perdre ses repères pour remettre en question ses certitudes. Aux ingrédients de base (en se faisant confiance et en faisant confiance à son entourage professionnel), il ajoute un savant dosage d’audace, de sensibilité, d’inventivité pour imaginer d’autres formes d’action.

Le manager qui coche toutes les cases en termes d’objectifs opérationnels, est-il pour autant arrivé au sommet de son art ?

(Si votre manager en est persuadé, soyez certain que les ennuis ne sont pas loin …)
Ma réponse est ici sans détour : En entreprise, il est inconcevable de dissocier l’homme (ou la femme) de son œuvre (de ses résultats). Combien de fois ai-je entendu des remarques de ce type : « Il est limite avec les femmes mais c’est un bon professionnel ». Vous pouvez allègrement remplacer : « il » par « elle », « femmes » par une couleur de peau, une tranche d’âge, une orientation sexuelle, une caractéristique physique….
Si le comportement du manager est abject, loin de l’exemplarité et des valeurs prônées, aux antipode du respect de l’intégrité physique et psychologique des individus qui l’entourent, aucun argument ne peut légitimer sa place dans le box-office.
Fermer les yeux sur ses pratiques au nom du résultat (à très court terme), revient pour l’entreprise à cautionner les déviances et de facto à les encourager.

Manager selon les règles de l'art

Manager selon les règles de l’art, c’est produire des résultats tout en soignant la relation de travail avec et entre les équipiers.
A l’heure où les prévisionnistes laissent entendre une inversion durable du rapport de force entre recruteurs et candidats recrutés, les entreprises qui l’ont compris disposent  d’indéniables atouts d’attractivité et de fidélisation.

(*) Note de l’auteur : « Cérémonie des César » et « camps opposés » ne font aucunement référence, de manière plus ou moins subliminale, à l’actualité cinématographique de moment. D’ailleurs, en passant, ce battage médiatique peut susciter quelques doutes sur la qualité de la potion magique…