Le télétravail se heurterait-il à quelques archaïsmes managériaux ?

Impertinence de la question, je le conçois mais cela ne m’empêchera pas de m’interroger avec vous sur le fait que la survivance des archaïsmes managériaux puisse être une menace au déploiement (efficient et épanoui) du télétravail.

Télétravail et Résistances au changement

Sous la contrainte, le télétravail a fait une entrée fracassante dans nos entreprises (reconnaissons que nous n’étions pas les premiers de la classe dans ce domaine – hors classement PISA Ouf 😊). Qu’en sera-t-il, dans le temps, avec la levée de l’obligation légale ? Les statistiques aujourd’hui datant d’hier, à savoir 2021, il est trop tôt pour le dire. Nous pouvons simplement extrapoler : comme pour tout changement, une fois initié, un retour au point zéro semble peu probable.

A défaut d’être institutionnalisé de manière pérenne dans nos entreprises, les articles, les conseils et les offres de formation sur le télétravail foisonnent sur internet (32 700 000 occurrences sur Google ce matin avant la publication de ce post !).

Et donc quoi de nouveau sous le soleil ? En fait pas grand-chose et c’est bien ce qui me chagrine…

Télétravail et Fondamentaux du Management

Piochons quelques exemples de recommandations destinées à manager des collaborateurs en télétravail :

Abandonner le management vertical pour un management horizontal et collaboratif. De quand datent les premières études sur les aspirations des milléniaux ? Combien sont-ils en activité en France à ce jour ? Soyons précis 😊 environ 50% de la population active française !

Etablir un climat de confiance. Quel salarié apprécie le flicage en présentiel ? La tendance serait-elle encore aujourd’hui à plus « naturellement » contrôler la présence du salarié que la qualité de son travail ? Jouissance de l’exercice d’un pouvoir coercitif ? La question est ouverte…

Fixer des objectifs SMART et réaliser des points d’avancement réguliers. Waouh grosse innovation managériale ! Après tout, le management par objectifs ne date que du siècle dernier (1979 – Peter Ferdinand Drucker) et même si son acronyme SMART (1981 – George T. Doran) n’est pas tout à fait une Mercédès, il tient encore bien la route !

Prévenir les RPS (Risques Psycho-Sociaux). Le manager d’une équipe à distance se doit de connaitre les compétences et limites de ses collaborateurs, mesurer la charge de travail, accorder des délais réalistes… Et sur site, il en est dispensé ? Le manager à distance veille au respect de la vie privée de ses équipiers, cela semble déjà un acquis en présentiel puisqu’il ne viendrait à l’idée d’aucun manager en entreprise de programmer des réunions en toute fin de journée ou d’exiger une réponse à un mail adressé sur un temps de repos. Auriez-vous un doute ? 😊

Instaurer une proximité relationnelle. Disons-le tel que nous le pensons, un bon manager aime les gens (avec leurs qualités et leurs défauts). Si c’est bien le cas, le besoin d’être en proximité, pour des échanges professionnels comme pour partager des moments conviviaux, relève de l’évidence et non pas de l’injonction. Malgré la distance, ce manager sait porter son attention sur les attentions.

Télétravail et Opportunités (ou non…)

Question phare des candidats en entretien d’embauche, le télétravail peut rapidement (dans une époque en mal de conflits malgré les épanchements dégoulinants sur la bienveillance) devenir un sujet de crispation dans l’entreprise.

Si je n’avais qu’un conseil à vous donner (Oui aujourd’hui, c’est gratuit 😊) avant de prendre votre décision, demandez-vous si, sur site, votre manager coche toutes les cases en termes de pratiques et de postures (incluez les indicateurs RH dans vos KPI pour objectiver votre jugement). Si c’est bien le cas, le télétravail sera une opportunité partagée pour votre entreprise et ses collaborateurs. A l’inverse, si des archaïsmes managériaux subsistent, vous exporterez et amplifierez les problématiques managériales non traitées créant des déconvenues des deux côtés du bureau (virtuel ou non 😊).

Expérience collaborateur : Tous consommateurs !

Si votre schéma de pensée vous porte à croire que « c’était mieux avant », il peut être difficile d’admettre – et encore plus d’accepter – que nous soyons tous des consommateurs, salarié compris. Ne nous décourageons pas dès les premières lignes ! Sortons plutôt l’expérience collaborateur du laboratoire …

1ère étape : Accepter le changement

Pour rappel, l’acceptation correspond, dans un processus de changement, à la prise en compte d’une nouvelle réalité. La douleur de la perte des éléments passés demeure, sous une forme plus ou moins atténuée. En revanche, l’acceptation est nécessaire pour pouvoir s’engager dans une reconstruction.

Imaginez, au 19ème siècle, un entrepreneur surfe (il a de vagues origines australiennes) sur la révolution industrielle pour développer l’entreprise familiale. Il produit à la chaine (enfin, pas vraiment lui), un bien standardisé (de couleur noire de préférence, c’est la tendance du moment). Son fils, qui a toutes les qualités requises (puisque c’est son fils) lui succède. Moins à l’aise sur un surf, et sans doute trop confiant dans la longévité de l’entreprise, il ne voit pas venir la vague de la société de consommation des années 50.

2ème étape : Intégrer les nouveaux comportements

Comme pour la consommation de biens et de services, aujourd’hui (plus qu’hier et bien moins que demain), le comportement – manière d’agir d’un individu au cœur d’un environnement donné – du salarié évolue. Pour vous en convaincre, si cela était encore nécessaire, faites un détour par le web.

Prudence malgré tout ! Ne saisissez pas uniquement la requête « Comportement salarié » car sinon vous allez prendre un gros coup de blues. Les premiers résultats sont affligeants : « Problèmes de comportement des salariés » ; « Un salarié commet une faute » ; « Gérer les personnalités difficiles au sein de l’entreprise » ; « Comportement agressif d’un salarié : une faute grave »…. J’ai (un peu) le sentiment que Google à quelques soucis avec le management 😊

3ème étape : Oser la confiance avec l’expérience collaborateur

Imaginez le champ des possibles si nous acceptons le postulat que le salarié d’aujourd’hui est un consommateur ! En termes de réflexion, d’approches, de recueil des besoins, de pratiques pour satisfaire la diversité des désirs… Bien sûr, ce changement de paradigme fait peur car comme pour tout changement, c’est une confrontation entre certitudes et incertitudes.

En fait, le choix qui se présente à l’entreprise est simple… S’offrir un ravalement (je ne précise pas de façade, vous l’aurez compris) pour tenter de faire entrer des salariés (pour un engagement limité) dans un cadre qui la rassure. Accepter que les besoins et désirs des collaborateurs soient source d’évolution de ses pratiques managériales.

« L’idée de l’expérience ne remplace nullement l’expérience » – Alain

Ce sujet, marketé sous la terminologie « Expérience collaborateur » mériterait de plus amples développements. Ce sera pour une prochaine fois, le principe du post étant d’être court. C’est bon pour le teasing ? 😊

En attendant, vous pouvez poursuivre l’expérience sur : https://www.parlonsrh.com/

 

Bienveillance- Ressource et Vous

Bienveillance managériale ou comment un poncif transforme la bienveillance en confiture !

Avant que vous ne manifestiez votre indignation, permettez-moi de solliciter votre bienveillance ! J’aimerais partager avec vous cet agacement qui me porte à considérer que le poncif de la bienveillance managériale s’apparente à la confiture…(alors même que mon petit-déjeuner est déjà loin).

Deux images me viennent à l’esprit :

  • L’une culinaire : la confiture est le résultat de la cuisson, dans du sucre, de fruits entiers (collaborateurs à fort caractère) ou coupés en morceaux (collaborateurs dont la zone d’influence est réduite)
  • L’autre historique : en référence au graffiti, tagué sur un mur en 1968 par Jean Delacour, et repris par la suite par deux autres humoristes, Pierre Desproges et Françoise Sagan 😊 : « La culture (bienveillance), c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale ».

Bon, je me doute que ces deux références ne vont pas inciter les esprits pinailleurs à poursuivre leur lecture, tant pis continuons avec les plus téméraires.

Du 16ème siècle où la bienveuillance exprime la volonté de vouloir le bien de quelqu’un, nous sommes aujourd’hui arrivés à la bienveillance, acte délibéré de protéger autrui (veillant) en se montrant attentionné, compréhensif, gentil, ouvert à la différence, désintéressé… J’arrête là, c’est trop bon !

Sauf que, désolée de gâcher la fête, la bienveillance ne se décrète pas. Comme toute valeur, elle n’a de valeur que dans sa traduction en actes.

Pour réduire l’écart (dit grand en gymnastique artistique) entre la théorie des valeurs affichées et leur mise en pratique au quotidien, les marchands de poudre à motivation regorgent d’ingéniosité pour accompagner les entreprises vers un management bienveillant. Amusez-vous à chercher « management bienveillant » sur le Net (après avoir terminé la lecture de ce post, merci !), vous entrez dans une caverne d’Ali Baba où même Jack Ma ne retrouverait pas ses petits.

Mais dites-moi, est-ce bienveillant de faire porter une telle charge morale aux managers ? Rappelons à toute fin utile que le manager est en 1er lieu un être humain (avec ses points forts mais aussi ses faiblesses) et qu’en second lieu, il n’est ni plus ni moins qu’un salarié (certes disposant d’un périmètre de responsabilités différent de celui de ses équipiers) mais soumis, lui aussi, aux règles et rouages de l’organisation.

Bien sûr, vous pourrez lire que l’exigence n’est pas soluble dans la bienveillance managériale. Nous ne pouvons qu’adhérer si (et seulement si), le manager en difficulté avec un collaborateur se sent soutenu par la ligne hiérarchique.

Double peine (ou injonction paradoxale), si un discours culpabilisant lui est asséné pour tout réconfort, pointant des pratiques qui auraient pu conduire à la déviance du ou des équipiers. De grâce, tempérons ce lâche angélisme qui assigne la malveillance à un seul côté du bureau.

Plutôt que de s’attacher à des poncifs (d’autant qu’il n’est pas certain que les gargarismes à la bienveillance soient efficaces pour soigner la défiance des salariés), validons que nos managers en ont les compétences ou à défaut, dans un premier temps, qu’ils ont bien compris l’intérêt de les acquérir.

Si adopter un état d’esprit positif, reconnaitre la performance et/ou l’engagement d’un collaborateur, fixer des objectifs réalistes, être en proximité et à l’écoute de ses équipiers, donner du sens à l’action, accepter les erreurs comme d’indispensables étapes d’apprentissage sont autant de pratiques que réfute votre manager, il vous reste à mettre les pieds dans le pot de confiture … 😊

Accompagner les acteurs de l’entreprise sur leurs scénarios professionnels !