Manager : la Tentation du Double Je

Françoise Mathiaux, CoachBien que les catalogues de jouets fleurissent déjà dans les boites aux lettres, je ne viens pas vous parler de vos emplettes de Noël…

Mon propos est d’attirer votre attention sur la tentation grandissante (au moins dans mes expériences de coaching sur cette année) des managers de jouer les équilibristes (sans référence à un quelconque candidat à la primaire) : Flatter son ego en apposant sa signature au bas de sa fiche de fonction de cadre (et prendre au passage la rémunération qui va avec) et Aimer être aimé par ses équipiers, quitte à porter mollement les décisions de l’entreprise, voire à les dénigrer.

Prendre et assumer ses responsabilités de manager, ce n’est pas être un « bon petit soldat » qui obéit aux ordres tout simplement parce que ce sont des ordres (il semblerait d’ailleurs que ce personnage ait déserté les rangs même de nos armées…). Prendre et assumer ses responsabilités de manager, c’est se donner les moyens de comprendre la décision de son entreprise, c’est-à-dire oser interroger, oser partager son point de vue, oser exprimer ses réserves auprès de sa hiérarchie. Prendre et assumer ses responsabilités de manager, c’est alors faire en sorte, sans pas de côté, que le résultat attendu soit atteint. Si votre adhésion à la décision est ambiguë, comment pourrait-elle être mobilisatrice pour votre équipe ?

Et si la tentation du double Je (Je suis manager, Je suis des vôtres, vous mes équipiers) était un remake de l’animal social d’Aristote ? Serait-ce parce qu’il ne se sent pas (ou plus) appartenir à la Direction de l’entreprise (car de moins en moins dans le secret des Dieux) que notre manager cherche à satisfaire son besoin d’appartenance auprès de son équipe quitte à avaler ses responsabilités ? Danger pour l’Entreprise qui saborde le pilier Loyauté, Danger pour le manager car si vous ne prenez pas votre place, d’autres sauront se l’attribuer….

Gestion du Temps ou Gestion du Tant ?

Gestion du temps ou gestion du tant ?Si vous avez du temps (agité, maussade, chaud, voire libre), toute une panoplie s’offre à vous pour apprendre à mieux gérer votre temps : formations, ouvrages, outils, trucs et astuces.

Loin de moi l’idée qu’il s’agisse de temps perdu, car si vous ne gagnez pas pour autant (durablement) en efficacité, vous aurez au moins un nouveau sujet de conversation, sans partir à la recherche de Proust.

Que cache ce sarcasme ?

La conviction que le sujet est un puits sans fond :

  • Tant que l’Entreprise renvoie l’entière responsabilité à son collaborateur en l’inscrivant sur un programme « gestion du temps » évitant de s’interroger sur le fait qu’elle puisse, en tant qu’Organisation, être source de désorganisation (décisions prises à l’emporte-pièce ou prise de décisions empêtrée dans une succession de parapluies, tous plus grands les uns que les autres)
  • Tant que le collaborateur passe son temps à identifier les causes de son retard avec, au passage, la mise au pilori des coupables, lui-même compris. Phase propice à la désintégration de la confiance en soi et à l’estime portée à ses camarades de jeu. Temps passé, temps dépassé, temps perdu, contretemps refroidissent dangereusement le climat social.

Peut-être qu’avant qu’il ne se jette dans le puits, serait-il souhaitable d’aider le collaborateur à s’interroger sur les effets bénéfiques recherchés, inconsciemment, dans la Gestion du Tant ?

Au hasard (ou presque) : Se sentir utile ? Se penser indispensable ? Ne pas vouloir prendre le risque de froisser un collègue ou un hiérarchique en posant des limites, en disant « Non » ? Ne pas décevoir ? Etre à la hauteur ? Etre apprécié ou qui sait, être aimé ? (« … » je vous laisse reconnaître vos motivations profondes dans ces points de suspension)

Et si prendre le temps de s’intéresser  « au quoi ? » du Tant plutôt qu’au « pourquoi ? » du Temps, vous faisait gagner du temps ? Quel temps précieux que ce temps-là…