Pourquoi le changement fait peur ?

Si le changement fait peur, ce qui n’est pas une vérité universelle car nous avons tous expérimenté des changements bénéfiques, une chose est certaine : le changement fait vendre !!!

Eloquent petit tour sur le site Amazon.fr : le rayon « Sciences Humaines » présente 19 734 livres consacrés au changement, dont 7 637 trônent sur l’étagère « Entreprise ». Quand un manager scrupuleux découvre l’ampleur de la littérature qui lui reste à ingurgiter (à la grande louche : 300 kilos s’il limite sa sélection aux ouvrages qui associent changement et management), on comprend aisément que le changement puisse faire peur !!!

Si le changement fait peur, c’est avant tout parce que les auteurs, les cabinets conseil, les entreprises le représentent (et du coup, chacun d’entre nous se le représente) comme un « gros machin » monolithique : d’un seul bloc ET rigide. On se sent tout petit, impuissant et menacé de broyage par un rouleur compresseur. Remarquons, en passant, que le gigantisme du rouleur compresseur à tendance à croître proportionnellement au nombre de cafés pris autour de la machine…

Là, je vous propose d’appuyer sur la touche « Pause » de votre télécommande et telle Dora (pour ceux qui ont du mal avec le rose, vous pouvez prendre Tintin), partons explorer le changement.

Votre manager vous annonce que l’entreprise est en A et que l’objectif du changement est d’atteindre C. Votre boss, conscient de ses responsabilités, vous explique que pour ce faire, il faut passer par B. Si en prime, il vous explique « le Pourquoi ? », garder-le. (Il a relu Rabelais et compris qu’au XXIème siècle, n’est pas Panurge qui veut).

Grâce à votre discernement (et accessoirement à cet article), vous allez prendre conscience que le changement est tout sauf un Tout. Le changement  est, ni plus ni moins, qu’un processus, constitué d’une succession d’étapes, multiples et variées : A se forge à partir de a, b, c… y, z ; B regroupe b, c, d… ; de même que, C n’est autre que l’alchimie de c, d, e…

Oui mais encore, quels enseignements peut-on tirer de cette (brillante) démonstration ?

Φ Considérées indépendamment les unes des autres, chaque étape reprend taille humaine. Vous pouvez la cerner, en extraire le positif, l’influencer

Φ Vous n’êtes pas impacté par l’intégralité de toutes les étapes et quand impact il y a, il est plus ou moins conséquent

Φ Les étapes s’enchainent certes mais jamais à l’identique des plans du stratège. Aucun dirigeant, même s’il s’est entouré du meilleur cabinet conseil en conduite du changement (désolée, je n’ai pas de nom à vous communiquer) ne peut prévoir, par le détail, le contour des micro-étapes du processus qu’il a lancé et, encore moins, toutes les rétroactions des unes par rapport aux autres.

Le changement est un mouvement constant d’ajustements où chaque étape est déterminante. Quel que soit votre positionnement dans l’entreprise, vous en êtes acteur. Vous avez le pouvoir de redessiner le contour de C, en agissant à votre échelle, sur a, b, c ou a’, b’, c’.  L’essentiel est de ne jamais tomber dans D’.

Si votre manager vous propose un coaching…

Souvenez-vous de cette petite histoire …

Dans son rêve, le curé d’un village entendit Dieu s’adresser à lui : « La pluie arrivera demain. Ton village sera inondé mais je veille sur toi ». Une forte pluie se mit à tomber le lendemain. Comme le risque d’inondation était réel, une équipe de secours évacua tous les habitants du village en leur faisant abandonner leur maison. Tout le monde partit, à l’exception du curé. Il répondit à la barque de secours qui se présenta : « Dans mon rêve, Dieu m’a dit qu’il veillait sur moi ».
Le lendemain, l’eau atteignit le premier étage des habitations. Une équipe de pompiers en zodiac vint et tenta d’emmener le curé. De nouveau, il refusa. Il disait qu’il avait reçu un signe et qu’il lui fallait montrer au monde qu’il était un homme de foi.
Le troisième jour, l’eau monta encore et la situation devint vraiment critique. Le curé était tout seul, perché sur le toit de sa maison. Une dernière équipe de secours en hélicoptère survola sa maison et tenta de le ramener à la raison. De nouveau, il refusa et les renvoya en réaffirmant sa confiance dans la parole qu’il avait reçu en songe.
Peu après, l’eau recouvrit entièrement la maison, le curé du village mourut noyé. Comme il avait toujours été un bon chrétien, Saint-Pierre lui ouvrit les portes du Ciel mais il refusa d’y entrer. Il disait que Dieu l’avait trompé, qu’Il lui avait promis le salut. Pourtant, il avait été le seul habitant du village à périr.
Saint-Pierre rétorqua que cela n’était pas possible, Dieu ne mentait pas. Il devait y avoir une explication. Il partit le chercher, entra au Paradis et, une demi-heure plus tard, il revint pour dire au curé : « C’est vrai, Dieu a dit qu’il veillait sur vous. Il vous a envoyé une barque, un zodiac et un hélicoptère mais par trois fois vous avez refusé son aide ».

Précision à l’attention des lecteurs de 1er degré (égarés sur ce blog), je ne vous conseille pas de rêver à votre chef la nuit et encore moins de le prendre pour un Dieu. Nous sommes dans le registre de la métaphore (oui, ok ça tape fort pour un mois d’août même s’il tire à sa fin !!!), si votre manager vous propose un coaching, ne vous dites pas que vous êtes fiché pour « insuffisances professionnelles notoires », comprenez que votre entreprise souhaite investir sur vous (la nuance est de taille par les temps qui courent !). Un ultime conseil, vous avez le droit (et même le devoir) de refuser de travailler avec un coach qui ne vous inspire pas confiance.

Faites vous-même votre malheur

… Ah oui,  ça détonne dans l’esprit de ce blog !!! Alors on se rassure, c’est seulement le titre du très succulent livre de Paul Watzlawick que je vous invite à découvrir ou redécouvrir sans modération.

Pour les plus pressés d’entre vous, je confie, à votre méditation estivale, un extrait de sa conclusion. Paul Watzlawick établit un parallèle entre notre rapport aux autres et la somme-zéro, concept issu de la Théorie des Jeux selon lequel la somme des gains et des pertes est égale à zéro. (Pour brouiller les pistes, nous sommes entre joueurs, la terminologie de « somme-nulle » est aussi employée dans la Théorie des Jeux …) :

 « Il suffit d’entamer un jeu à somme-zéro au niveau des relations pour être assuré de la tournure infernale que prendront tôt ou tard les choses. Car, désespérément obsédés par l’idée de gagner pour ne pas perdre, les joueurs de ce genre de jeu risquent d’oublier une chose : le principal adversaire, la vie, et tout ce qu’elle a à offrir en dehors de la victoire ou de la défaite. C’est en face de cet adversaire que les deux partenaires perdent l’un et l’autre. Pourquoi est-il si difficile pour nous de nous rendre compte que la vie n’est pas un jeu à somme-zéro ? Que nous pouvons gagner tous les deux si nous ne sommes pas obsédés par l’idée qu’il nous faut vaincre l’autre pour ne pas perdre nous-même ? » (…)

Si d’aventure vous aviez quelques difficultés à extrapoler une conclusion, faites comme Paul Watzlawick, confiez-en le soin à l’un des personnages des Possédés de Dostoïevski :

« Tout est bien… Tout. L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux. Ce n’est que cela. C’est tout, c’est tout ! Quand on le découvre, on devient heureux aussitôt, à l’instant même… ».

Accompagner les acteurs de l’entreprise sur leurs scénarios professionnels !