Ayant déserté les rayonnages du pâtissier sous la pression des nutritionnistes, la tarte à la crème s’étale sur les rayons de la littérature managériale. L’abondance et la variété des ouvrages, au musc épicé du changement, frôlent l’indigestion malgré l’inventivité des parfumeurs.
Questions : Si le changement était une particularité de notre époque, aurions-nous gagné en habileté pour allumer notre Marlboro avec un silex ? Les pigeons voyageurs seraient-ils en nombre suffisant pour assurer le transport de nos mails à travers le monde ? La production du papyrus serait-elle assez conséquente pour calculer la trajectoire de Rosetta ?
Ne serait-il pas plus simple (et plus responsable en consommation d’énergie) de considérer que le changement fait partie aujourd’hui intégrante de notre univers ? Avec, je vous l’accorde, une seule concession, l’accélération de ses cycles.
Partant (pas trop loin) de ces deux postulats, il fait quoi le manager ? Il pleure ? Il déplore ?
Le manager allergique à l’étiquette du « vieux con qui dit toujours c’était mieux avant » utilise les attributs que lui ont conférés la nature et sa nature. Il utilise ses 5 sens : il regarde (et lit sans s’endormir sur ses lauriers), il écoute (et pas seulement son point de vue), il sent et goûte (en expérimentant) pour développer son intuition (6ème sens).
Ainsi, à peine entamée l’intégration de la génération Y dans ses équipes, ce manager, s’intéresse déjà à la nouvelle déferlante de leurs frangins/frangines : les Z. Et plutôt que d’édifier un nième mur des lamentations, ce manager s’interroge déjà sur comment capitaliser (rappel : nous sommes dans le monde de l’entreprise, ce n’est pas un gros mot) sur les attentes de ces jeunes de moins de 20 ans qui ne demandent qu’à connaitre : une entreprise plus confiante (moins fliquante, mieux contrôlante), agile (pas d’innovation sans droit à l’erreur), humaine (dans ses actions internes et externes), un management horizontal (Adieu mille-feuille, sale temps pour le pâtissier), égalitaire (les différences naissent du mérite), flexible (stop aux rigidités organisationnelles et aux codes amidonnés), une entreprise ouverte sur le monde (Bonjour les terriens !) et porteuse de sens (l’entreprise peut donner un sens à la vie des Z, bonne nouvelle pour une génération facilement taxée de flemmarde).
Ce manager proche de l’idéal (puisqu’il lit ce blog) n’hésite pas à approfondir sa réflexion en se plongeant dans le détail (et avec gourmandise) dans l’enquête réalisée par BNP Paribas et The Boson Project sur la génération Z et sa vision de l’entreprise : http://cdn-actus.bnpparibas.com/files/upload/2015/01/20/docs/lagrandeinvazionbnpptbp.pdf
Le Cadre un jour dit au Manager :
« Vous avez bien des raisons d’accuser notre Univers ;
Une Procédure pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre changement, qui d’aventure
Modifie notre manière de travailler,
Vous oblige à vous remettre en cause :
Cependant je considère que mon statut,
Non seulement fonde ma légitimité,
Mais me protège des évolutions.
Tout vous est Flexibilité, tout me semble Verticalité.
Encore si vous acceptiez de reconnaître le pouvoir
Dont notre titre nous investit,
Vous n’auriez pas tant de questions à vous poser :
Je vous indiquerais comment se faire respecter ;
Mais vous réfléchissez le plus souvent
Sur le sens des décisions et l’adhésion de vos équipes.
Votre comportement me semble bien inconfortable ».
« Votre compassion, lui répondit le Manager,
Part d’une louable intention ; mais quittez ce souci.
Les changements me sont moins qu’à vous redoutables.
Je m’adapte, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre les crises et tensions
Résisté sans remettre en cause votre approche ;
Mais attendons la suite ». Comme il disait ces mots,
Du bout du couloir du RRH accourt avec impertinence
La plus redoutée des générations
Que l’Entreprise eût intégrée jusque-là dans ses rangs.
Le Cadre tient bon ; le Manager plie.
Le nombre des Y s’accroît encore,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui dont la tête au Prestige était voisine,
Et qui négligeait de prendre pied sur le Terrain.
Dans une époque