Manager avec affect et Manager par l’affect

A la demande générale (ou tout du moins celle de Jules), je m’extirpe de la caverne où je me suis réfugiée ces dernières semaines pour écrire cet article sur la différence entre Manager avec affect et Manager par l’affect, dans le prolongement du post précédent : Management fusionnel.

Il faut dire que je n’éprouve aucune culpabilité à prendre quelques libertés avec les échéances professionnelles que j’ai à tenir car le client pour lequel mes nuits se confondent avec le jour (n’en déplaise à Platon) a marqué une forte réticence quand j’ai tenté de le convaincre (le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté) qu’un manager devait aimer ses équipiers.

Joli paradoxe de la langue française et de notre société où « Aimer ses collaborateurs » suscite une réaction de peur alors qu’ « Aimer le chocolat » suggère le plaisir (vous pouvez remplacer le chocolat par la soupe, ça fonctionne aussi).

L’Entreprise qui s’engage sur la voie de l’épanouissement professionnel, du bien-être au travail, de la motivation de ses salariés, est-elle tant éloignée de la définition de Leibniz : « Aimer, c’est se réjouir du bonheur d’autrui » ?

Quand un cadre manage avec affect, il intègre dans la mise en place de son organisation, dans le déploiement de ses objectifs, dans sa prise de décision, dans sa communication, dans sa posture, la dimension humaine.

Quand le cadre manage par l’affect, il donne à penser à ceux qui peuvent lui servir qu’il les aime, mais ce qu’il aime c’est exclusivement lui, son statut, ses prérogatives, son pouvoir.

Pour être un manager accompli, « Osez Aimer » vos équipiers.

Management fusionnel

Confrontée à plusieurs reprises en quelques semaines à une relation fusionnelle (pour les grivois, passez votre route, relation fusionnelle mais chaste !) entre des cadres et leurs managers (N-1), j’ai pu apprécier (sans apprécier) l’inconfort de ce lien.

Au premier plan, nous pouvons sans trop de difficultés, identifier le risque d’une dépendance affective qui entretient allègrement la confusion dangereusement manipulatoire entre « manager avec affect » « manager par l’affect » (Thème qui mériterait un post à lui tout seul).

En second lieu, il n’est point besoin d’être devin pour imager que le lien fusionnel puisse un jour se rompre. Terme d’une relation de l’excès, où l’émotivité et la subjectivité font office de sextant, la rupture connaîtra une probabilité proche de zéro pour se dérouler « en douceur ». Bien sûr, les « encore plus optimistes que moi » argueront de la chance qui peut être donnée à tout un chacun de se réconcilier, je ne le nie pas mais je reprendrai simplement l’image de la feuille froissée : Prenez une belle feuille blanche (relation fusionnelle, tout est lisse…), froissez-la pour obtenir une boule bien compacte (avec toute l’énergie et la hargne de la rupture) et maintenant décidez de restaurer le lien affectif, défroissez votre page (fer à vapeur chaudement déconseillé). Votre feuille blanche est-elle redevenue lisse ? Est-elle à nouveau immaculée ? Ah! Elle a des cicatrices ? Des déchirures ?

Le 3ème point dont j’ai pris conscience (mais peut-être l’avez-vous détecté depuis longtemps), c’est le piège dans lequel se trouvera, un jour ou l’autre, enfermé l’équipier « lambda ». Après avoir (peut-être) jalousé ce cercle dont il est exclu, il développera un fort sentiment d’impuissance quand confronté à une mésentente avec son manager, il ne pourra envisager (à tort ou à raison peu importe) de recourir à l’arbitrage de son N+2. Persuadé de n’avoir aucun recours, d’être pris en tenaille entre son N+1 et son N+2, sa rumination fertilisera sa perception d’être injustement traité. Et là, mesdames messieurs les managers, à défaut d’avoir (au pire) produit un fidèle ennemi vous aurez, au moins, perdu un allié …

Manager en transversal : Quelle chance !

Un titre provocateur pour une pratique qui se répand dans l’entreprise sans que l’acteur principal soit toujours convaincu de sa chance.

La chance n’est pas évidente à distinguer (et donc à saisir) pour le manager campé sur la question d’un autre temps : Comment atteindre les objectifs de la feuille de route quand je ne détiens pas les attributs du commandement ?

  • Bâton : Sanction directe (disciplinaire) ou insidieuse (placardisation)
  • Carotte : Evolution de la rémunération, de la carrière (…)
  • Bataillon : Equipe inféodée
  • Unicité du commandement : un seul chef sur le terrain des opérations

La chance du manager transversal réside dans sa capacité à développer une autre forme d’autorité : l’autorité naturelle.

« Naturelle » ne signifie pas que certains naissent avec (quoique) ou non. L’autorité émane du manager « naturellement », sans recours aux artifices du pouvoir hiérarchique. Sa vision, ses décisions font autorité.

A défaut d’avoir croisé à la naissance la bonne fée « Aptitudes au Management Transversal », comment notre manager peut-il cultiver son autorité naturelle ?

Le 1er élément de réponse est dans la question : il n’y a que le manager qui puisse développer son autorité naturelle. C’est essentiel de lui donner les clefs mais largement insuffisant s’il n’éprouve pas le besoin (et l’envie) de se servir du trousseau pour déverrouiller sa posture.

Le 2ème élément de réponse consiste à placer judicieusement dans le trousseau Michaël Apter.

En poussant les portes de la Théorie du Renversement, votre manager a l’opportunité de découvrir une nouvelle grille de lecture de la motivation pour explorer de nouvelles pistes :

  • Comment introduire le plaisir au travail pour susciter la créativité ?
  • Pourquoi ne pas transgresser certaines règles pour sortir des sentiers battus et autres routines ?
  • Quels bénéfices peut-on retirer en troquant le contrôle de l’information contre son partage ?
  • Comment ouvrir ses capteurs aux signaux émis par l’équipe ?
  • (…).

L’autorité hiérarchique confère à son détenteur « fermeté » voire « rigidité » (tout abus nuit gravement à la santé), le management transversal suppose « agilité », « flexibilité », « adaptabilité », autant de qualités que travaillent les danseurs : « L’homme n’est pas une statue, c’est un danseur » Michaël Apter.

Accompagner les acteurs de l’entreprise sur leurs scénarios professionnels !