Tout à l’Ego

Françoise MathiauxQuoi de plus adaptée qu’une table ronde pour arrondir les angles d’un débat autour de l’Ego ? C’est le nouveau défi que se lance l’ESAM de Lyon avec sa grande conférence annuelle, le 20 Novembre prochain « Tout à l’Ego ».

En attendant le Grand Soir, Son Altesse Sérénissime (Hommage) jubile ! Être au cœur d’une conférence où des invités de prestige (Caressez l’Ego dans le sens du poil avant de le chatouiller) partageront avec un amphi bondé leur vision sur la place (des Grands Hommes, ou pas :)) qu’occupe l’Ego dans la réussite.

Notre société de consommation a produit le Client-Roi avec dans sa traîne l’Enfant-Roi. Qui dit société de consommation dit Concurrence : il ne faut pas être (tout bonnement) performant, il faut être le meilleur (et tant qu’à faire « The Best »). Nous cultivons les superlatifs faute de super-héros. En oubliant que l’homme est un animal social, notre société favorise le culte de l’individualisme.

Mais que devient l’Ego de l’individu pris dans l’engrenage tragique du quotidien des salariés d’aujourd’hui ? Confronté à l’échec (quand bien même la défaillance serait imputable à l’entreprise, à la crise, à « pas de chance »…) comment l’Ego réagit-il face à l’image renvoyée par le miroir social ?

Pour réussir, faudrait-il que l’Homme soit un loup pour l’Homme ? Le sourire, authentiquement bienveillant, serait-il incompatible avec les dents longues ? L’affirmation de soi se construirait-elle sur la négation de l’autre ?

Invitation à la mesure dans une civilisation plus encline à la démesure. A trop associer l’Ego aux miasmes de l’égoïsme ou de l’égocentrisme, nous courons le risque d’ostraciser la responsabilité, la responsabilisation, le courage, le défi, la capacité d’initiatives, la prise de risques, la résilience (…) autant de qualités portées par l’Ego. Que serait une société où chaque individu fondrait son Ego dans le collectif ? … Une forêt sans arbres ? Suite le 20 Novembre à l’ESAM …

De la Smartitude de l’objectif

Gabs

Peu souvent élégant, encore moins raffiné, l’objectif Smart :

S : Spécifique et concret

: Mesurable pour en contrôler l’avancement

A : Ambitieux, stimulant sans être décourageant

R : Réaliste au regard des ressources affectées

T : Temporel, disposant d’une date butoir

trône dans l’entreprise.

Mais trôner n’est pas régner.

Laissez-moi vous conter les (més)aventures d’une responsable commerciale. Je la rencontrai au lendemain de la fixation par (et avec) son manager de ses objectifs annuels. Indice favorable, elle avait le sourire.

  « Alors ces objectifs ? »

« A la hausse bien sûr par rapport à l’an dernier » (le toujours plus est une constante intégrée à défaut d’être acceptée) mais tout reste jouable compte tenu de … ».

Je vous passe les stratégies et actions qu’elle avait déjà échafaudées. Je l’abandonnai à la compagnie de ses deux amis « enthousiasme » et « conviction », amis précieux dans l’entreprise de réussite.

Quelques semaines plus tard, le sourire fait place à un large rire quand je prends des nouvelles de l’avancement des travaux :

« Le siège (ou trône) a réajusté mes objectifs… il les a multiplié par 3 ». Éclat de rire.

« Tu vas faire quoi ? »

« Rien, c’est tellement irréalisable ». Nouvel éclat de rire.

Trio de conclusions poison :

L’irréalisme de l’objectif porte à rire

Le rire transgresse le pouvoir

Le pouvoir et la motivation sombrent sous les coups de l’objectif illégitime.

Et la performance de l’entreprise dans tout ça ?

Quand la quête de la performance tue la performance

DSCF5276Si vous avez pu échapper au casting du plus beau bébé (j’ai découvert avec effroi que l’élection du « Bébé Cadum » n’avait pas pris une ride depuis 1924), vous avez sans nul doute été confronté au « top » et au « flop » de la notation scolaire et aujourd’hui vous êtes dans les starting-blocks pour assister au nième séminaire de rentrée de votre entreprise, dédié (plus ou moins explicitement) à sa Performance.

Quoi de plus respectable pour une entreprise que de viser la Performance ? Sa finalité première n’est-elle pas de produire des moyens financiers suffisants pour éviter de se voir tailler des croupières par ses concurrents ? D’investir pour garder une longueur d’avance en Recherche & Développement ? De disposer d’un outil de production efficient ? D’avoir la capacité d’acheter auprès de ses fournisseurs ses matières premières, ses composants et autres prestations ? (n’oubliez pas le coaching) D’être attractive sur le marché de l’emploi et de fidéliser ses collaborateurs ?

Aujourd’hui dans sa course à la Performance, quand l’Entreprise se sent les jambes lourdes, elle diagnostique, rationalise, modélise, copie-colle des bonnes pratiques, forme ses managers. Nécessaires sans être pour autant toujours utiles, ces potions ont l’efficacité de la Jouvence de l’Abbé Soury tant que la connaissance ne se traduit pas en actes.

Et pourquoi me direz-vous, le savoir ne se transforme-t-il pas en actions ? Eh bien parce que … parce que tel Frankenstein croyant faire le bien, l’Entreprise croit pouvoir gérer la Performance de A à Z. La créature a échappé à son géniteur, l’Homme, pour devenir omniprésente, omnisciente.

Les valeurs humaines au mieux placardées dans les couloirs, l’Entreprise oublie, même si elle le prône, que les échecs sont tout autant formateurs que les réussites, elle oublie que le droit à l’erreur est le pendant de l’initiative (et réciproquement), elle oublie que l’Homme apprend à marcher en marchant.

Les pratiques, les procédures, les modèles n’atteignent la pertinence que par leur apprentissage, lorsqu’ils sont challengés, affinés, partagés, assimilés, intégrés dans le quotidien de travail. A défaut, ils demeurent à l’état de concept et l’Entreprise, avec ses artifices d’adhésion, est bien seule dans sa course à la Performance.