Avis aux managers stressés

A l’heure où les éditeurs se livrent (mettez-moi 3 tommes, de Savoie ou d’ailleurs) à une débauche de communication pour nous inciter à plonger dans le toujours plus merveilleux et époustouflant roman de l’été, je vous invite à répondre à l’appel (en plastique biodégradable) de la plage…

Lâchez votre connexion wifi pour rattraper votre âme d’enfant. Laissez courir votre imagination. Débridez vos neurones formatés à coups (et c’est souvent très cher payé) de codes sociaux. Prenez-le sable frais à pleines mains et construisez vos châteaux en Espagne.

Profitez de ce changement de dimensions (autre rythme, autre entourage, autre paysage, autre hygiène de vie …) pour poser votre carapace intérieure en même temps que votre uniforme de cadre (plus ou moins bien cadré).

Si vous êtes d’un tempérament particulièrement inquiet, soyez rassuré. La probabilité est forte que les sujets de préoccupation que vous avez laissés en suspens le jour de votre départ en congés ne se soient pas volatilisés !!!

Sauf que… en une semaine, quinze jours, trois semaines, voire plus pour les gourmands, immanquablement (et le tout sans revendiquer le moindre pouvoir occulte !), je peux vous offrir 2 croyances (oui, je sais dans une démonstration scientifiquement élaborée, il est de bon ton de respecter la règle de 3 mais là … il y a vacance sur la dernière).

Des petits ou grands événements se seront produits (et oui, sans vous demander votre autorisation). Ils auront nécessairement fait bouger les lignes (dans la nature et chez les systémistes, le papillon bat de l’aile…)

Fort de vos châteaux, vous aurez redécouvert l’art. L’art de prendre du recul, de relativiser, de lâcher prise, un autre art de vivre en quelque sorte. Bien que vous chaussiez de nouveau vos lunettes, votre regard ne sera plus le même.

Lâchez-vous, si vous ne le faites pas vous-même, personne ne pourra le faire à votre place !!!

Bilan de compétences : Hasard ou frétillement ?

Sur ces dernières semaines, j’ai été sollicitée à plusieurs reprises pour réaliser des bilans de compétences.

Les salariés, qui sur ces deux années passées, ont dû adopter la posture du « dos rond », redresseraient-ils la tête ? Recroquevillés sur leurs postes pour affronter la tempête économique, éprouveraient-ils l’envie de redécouvrir le monde du travail au-delà de leur entreprise ? Hasard ou frétillement ? Je pencherai plutôt pour un fourmillement (salutaire) dans les têtes qui ne demande qu’à descendre dans les jambes.

Après avoir avalé quelques couleuvres (départs plus ou moins contraints de collègues, mise en place d’une nouvelle organisation, fin de non-recevoir aux aspirations salariales ou à l’accès à une autre fonction, soumission à un management directif et centralisateur….), le salarié, avec le retour du printemps, peut légitiment penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Certains choisiront à la première occasion de claquer la porte de l’entreprise pour se venger de ces humiliations indigestes (il se trouvera toujours un collègue bienveillant pour les encourager à franchir le Rubicon même si la galère n’est pas la plus enviable des embarcations), d’autres prendront le temps de s’interroger. Cette phase de réflexion pourra (ou non) être réalisée dans le cadre d’un bilan de compétences. Ce formidable outil (remarque à l’intention des bricoleurs du dimanche : comme tout outil, il est formidable si l’on sait s’en servir et à bon escient) a pour vocation d’aider le salarié à structurer sa réflexion, à investiguer ses potentialités et celles du marché, à challenger les différences hypothèses qui s’offrent à lui. Nous pouvons regretter pourtant (utilisation du « nous » car j’espère ne pas être seule à partager ce point de vue…) que la mise en œuvre de ce dispositif s’apparente de plus en plus au dernier tour d’honneur d’une expérience qui s’achève dans l’entreprise. Soit le salarié s’engage à titre privé dans la démarche pour peaufiner (en sous-marin) son projet de départ, soit le bilan de compétences est déposé par l’employeur dans la corbeille du divorce pour adoucir la séparation. Pourtant à l’heure des doutes, (qui on s’en doute ne sont pas du meilleur effet sur le moral des troupes), les entreprises gagneraient à promouvoir le bilan de compétences auprès de leurs salariés pour leur permettre d’envisager (aussi) l’entreprise où ils travaillent comme un possible motivant de leur parcours professionnel à venir.

Doute et Humilité, qualités premières du décideur ?

Qu’est-ce qui rend une décision difficile à prendre si ce n’est cette petite voix qui marmonne (en montant plus ou moins dans les graves) qu’il ne s’agit (peut-être ?) pas de la « bonne décision ».

A tout problème, sa solution. Là, quelle chance, il y en a 2 !

Courir chez le premier libraire venu et investir 27 €uros dans un des multiples manuels vous promettant de devenir un « Manager d’excellence ». Vous découvrirez (si vous n’avez pas confondu avec le rayon « Cuisine », c’est vrai qu’il y a une ressemblance certaine dans ce foisonnement de recettes) que le doute est (sans aucun doute) banni du vocabulaire managérial. Ici, le manager est censé rassurer « ses troupes », représenté en capitaine de navire, sûr de son cap, bravant la tourmente, droit dans ses bottes. Ce manager, élevé aux biberons « Sois-fort », « Ne pleure pas », « Bats-toi », (j’en passe et des pas meilleurs) ne doute pas. Sacrilège ! Ce serait un signe de faiblesse, même si perfidement nous pouvons « douter » de la survivance de cette icône au regard des évolutions technologiques et sociétales…

La 2ème solution, celle qui a de loin ma préférence (Ah bon, vous aviez deviné ? Quelle perspicacité !!!) consiste, pour le manager, à s’accorder la permission de douter avec humilité.

Pourquoi ? « simplement » pour reconnaitre qu’il a besoin de rassembler un maximum d’informations (et tant qu’à faire de sources diverses pour échapper au ronron des courtisans) afin de prendre la « bonne » décision à l’instant T. La phase « avant-décision » est essentielle (sans pour autant être expert de l’analyse systémique) pour considérer, également, les répercussions probables de sa décision sur un système qui regroupe des organisations et des hommes.

Le décideur qui ne doute pas, c’est celui qui ne doute plus car plutôt que de court-circuiter les signaux d’alerte, il les observe, les analyse, les challenge, les intégre dans sa décision.

Francis Bacon s’est gentiment proposé de conclure ce billet … (c’est ce que l’on appelle « douter de rien ») : « Si on commence avec des certitudes, on finit avec des doutes. Si on commence avec des doutes, on finit avec des certitudes ».

Accompagner les acteurs de l’entreprise sur leurs scénarios professionnels !