Bilan de compétences : Hasard ou frétillement ?

Sur ces dernières semaines, j’ai été sollicitée à plusieurs reprises pour réaliser des bilans de compétences.

Les salariés, qui sur ces deux années passées, ont dû adopter la posture du « dos rond », redresseraient-ils la tête ? Recroquevillés sur leurs postes pour affronter la tempête économique, éprouveraient-ils l’envie de redécouvrir le monde du travail au-delà de leur entreprise ? Hasard ou frétillement ? Je pencherai plutôt pour un fourmillement (salutaire) dans les têtes qui ne demande qu’à descendre dans les jambes.

Après avoir avalé quelques couleuvres (départs plus ou moins contraints de collègues, mise en place d’une nouvelle organisation, fin de non-recevoir aux aspirations salariales ou à l’accès à une autre fonction, soumission à un management directif et centralisateur….), le salarié, avec le retour du printemps, peut légitiment penser que l’herbe est plus verte ailleurs. Certains choisiront à la première occasion de claquer la porte de l’entreprise pour se venger de ces humiliations indigestes (il se trouvera toujours un collègue bienveillant pour les encourager à franchir le Rubicon même si la galère n’est pas la plus enviable des embarcations), d’autres prendront le temps de s’interroger. Cette phase de réflexion pourra (ou non) être réalisée dans le cadre d’un bilan de compétences. Ce formidable outil (remarque à l’intention des bricoleurs du dimanche : comme tout outil, il est formidable si l’on sait s’en servir et à bon escient) a pour vocation d’aider le salarié à structurer sa réflexion, à investiguer ses potentialités et celles du marché, à challenger les différences hypothèses qui s’offrent à lui. Nous pouvons regretter pourtant (utilisation du « nous » car j’espère ne pas être seule à partager ce point de vue…) que la mise en œuvre de ce dispositif s’apparente de plus en plus au dernier tour d’honneur d’une expérience qui s’achève dans l’entreprise. Soit le salarié s’engage à titre privé dans la démarche pour peaufiner (en sous-marin) son projet de départ, soit le bilan de compétences est déposé par l’employeur dans la corbeille du divorce pour adoucir la séparation. Pourtant à l’heure des doutes, (qui on s’en doute ne sont pas du meilleur effet sur le moral des troupes), les entreprises gagneraient à promouvoir le bilan de compétences auprès de leurs salariés pour leur permettre d’envisager (aussi) l’entreprise où ils travaillent comme un possible motivant de leur parcours professionnel à venir.

Chance ou malchance ?

L’enthousiasme de la création d’entreprise est, parfois, assombri par les aléas (jacta est) de l’activité. Le mois de janvier a été particulièrement riche en désagréments… Des interlocuteurs aux abonnés absents, des rendez-vous reportés aux calendes grecques, une visibilité digne des fonds abyssaux et pour couronner le tout, en clôture de ce mois idyllique, le 31 janvier, un client qui se déclare en cessation de paiement !!!

Dans ces conditions comment vit-on le mois de février ? Avec le recul, (nous sommes le 25), je vous livre ma réponse : Dès le 1er février matin, on extirpe du tiroir de gauche de la commode (oui c’est pratique) la pensée suivante : “Au moins ce mois-çi, je n’aurai pas de mauvaise surprise le 31” et on se remémore une histoire… histoire de travailler sa résilience :

Un habitant du nord de la Chine vit un jour son cheval s’échapper et passer de l’autre côté de la frontière. Le cheval fut considéré comme perdu.

A ses voisins qui venaient lui présenter leur sympathie, le vieil homme répondit :

_  La perte de mon cheval est certes un grand malheur. Mais qui sait si dans cette malchance ne se cache pas une chance ?

Quelques mois plus tard, le cheval revint accompagné d’une magnifique jument. Les voisins félicitèrent l’homme, qui leur dit, impassible :

_  Est-ce une chance, ou est-ce une malchance ?

Le fils unique du vieil homme fut pris d’une véritable passion pour la jument. Il la montait très souvent et finit un jour par se casser la jambe pour de bon.

Aux condoléances des voisins, l’homme répondit, imperturbable :

_  Et si cet accident était une chance pour mon fils ?

L’année suivante les Huns envahirent le nord du pays. Tous les jeunes du village furent mobilisés et partirent au front. Aucun n’en revint. Le fils estropié du vieil homme, non mobilisable, fut le seul à échapper à l’hécatombe. 

Avec tous mes encouragements, aux Huns et aux autres….

A tous ceux qui n’aiment pas le conflit

Au cours de ma longue (et oui déjà) carrière, j’ai plus d’une fois côtoyé des personnes qui me déclaraient de but en blanc (Vas-y Laurent, la France compte sur toi) : « Je n’aime pas le conflit ».

Ah mais quelle excellente nouvelle ! Aimer le conflit ne relève pas du champ de l’entreprise (pas plus que de la sphère privée d’ailleurs) mais tout bonnement de la thérapie.

A l’affirmatif, cette expression indique que l’on aime le conflit, donc tout au moins que l’on ne fait pas l’effort de comprendre l’autre, de se remettre en cause et donc (ah c’est très honorable) que l’on n’hésite pas à se montrer blessant, quitte à être (méchamment) injuste.

Vous l’avez sans doute remarqué (interpellation de confiance à l’adresse de mes lecteurs), ceux qui n’aiment pas le conflit, l’évitent. Ils se drapent de cette « tare » pour justifier leur fuite devant leurs responsabilités. C’est ni plus ni moins qu’un prétexte fallacieux : « Je ne veux pas faire de la peine » pour occulter le leitmotiv : « Je ne veux pas prendre le risque de ne plus être aimé ».

Sauf que cette attitude, au lieu de désamorcer la tension, l’accroît (et la bannière) : les esprits s’échauffent (même en baissant le thermostat de la climatisation), des mots doux voltigent, la cohésion s’éparpille. Seul effet (si je peux me permettre) « positif » : le manager est conforté dans sa conviction : « Décidemment, je n’aime pas le conflit » !!!

Au paroxysme de la crise, l’équipe, plus ou moins consciemment, entre en scène. Soit elle investit un leader qui exécute le sale boulot (quand on laisse pourrir, le résultat est rarement propre) soit elle désigne un bouc émissaire qui se voit affublé de tous les griefs (découvrant au passage que la souffrance au travail n’est malheureusement pas l’apanage d’une catégorie d’entreprises).

Résultats = Effets contre-productifs.

Dans son acception économique : quand une équipe baigne dans un climat délétère, sa préoccupation n’est plus celle de produire.

L’exemplarité managériale est laminée : un manager n’est pas là pour être aimé (s’il l’est tant mieux) mais pour assumer aussi (pour ne pas dire surtout) dans les situations difficiles.

Bon d’accord mais comment faire ? (merci pour vos encouragements, je poursuis…).

Nous avons vu (j’espère) les limites de la fuite. Il existe une autre voie qui permet d’éviter le conflit, c’est celle de l’anticipation. Pour l’expliquer (en ce jour où les camions de pompiers défilent) je ferai une métaphore avec la prévention des incendies de forêt

Soyez en alerte face aux signaux de fumée : absentéisme, ambiance pesante, éclats de voix, soupirs…

Prenez appui sur votre vigie : vous êtes le manager mais pas superman. Vous avez la chance d’être entouré par une équipe, faites-lui confiance, sondez la, écoutez la.

Débroussaillez : ne laissez s’instaurer du provisoire qui dure. Repensez régulièrement votre organisation en fonction de l’évolution des charges de travail, des compétences dont vous disposez…

Montez dans votre tour de guet : (Eh là, ce n’est pas une tour d’ivoire !!!). Portez un regard d’ensemble pour éviter de vous focaliser sur un collaborateur (que vous aurez tôt fait d’étiqueter d’« emmerdeur de service »)  c’est souvent « l’arbre qui cache la forêt ».

Entraînez-vous : Même si la condition physique est importante, conditionnez-vous psychologiquement. Plutôt que vous convaincre en vous répétant : « Je n’aime pas le conflit. Pour l’éviter, je le fuis » soyez acteur et endosser votre rôle : « Je n’aime pas le conflit. Pour l’éviter, je l’anticipe ».

Cordialement vôtre